Conclusion
Le système de production TOYOTA est-il à l'origine de ce que l'on
appelle "méthodes japonaises" ou en est-il l'aboutissement ?
Si l'on considère les conditions de départ et le but fixé par le
président de TOYOTA au sortir de la deuxième guerre mondiale, le système Toyota
est bien à l'origine des méthodes qui furent développées ou adoptées pour
atteindre le but sous l'ensemble des contraintes ; le juste-à-temps et kanban, l'autonomation, lean manufacturing.
Certaines méthodes furent adoptées/adaptées et incorporées
dans ce qui allait devenir un ensemble cohérent ; les méthodes de maîtrise de la
qualité, le SMED, TPM, Kaizen...
La démarche graduelle de cette construction est typique de la philosophie Kaizen.
La vision stratégique, transmise à l'ensemble du personnel afin d'en
fédérer les efforts, la planification selon le principe du Hoshin.
Le TPS décrivit une trajectoire "en spirale", dans l'idée des cycles PDCA,
aspirant sur lui les méthodes propres à atteindre ses objectifs.
Dans sa phase de maturité, ces méthodes furent redistribuées, aux
fournisseurs et sous-traitants en particulier, par diffusion dans d'autres services, puis par essaimage.
Comme se sont les différentes philosophies et méthodes "japonaises" qui
permirent l'aboutissement du TPS, et que celui-ci les redistribua, on peut dire que le Toyota Production
System est à la fois origine et aboutissement de ces méthodes.
Surprenante conclusion ; le TPS peut être vu comme l'alpha et l'oméga des "méthodes japonaises" !

Le TPS, un modèle ?
Le TPS n'est pas une nouvelle forme d'organisation. Il n'a pas provoqué de rupture,
comme le taylorisme avec les formes d'organisation antérieures. Le TPS s'inscrit dans la continuité
du taylorisme-fordisme, en reconsidérant un certain nombre de points ;
Dès les années quarante, dans le cadre d’une économie exportatrice,
sans tradition de production de masse, le Toyotisme mettait l’accent sur des points ignorés du
Taylorisme-Fordisme tels que la réactivité de la conception et de la fabrication,
l’amélioration continue de la qualité des produits, l’accroissement de la variété,
la tension des flux, le fractionnement des lots, l’intégration dans la Fabrication, et au niveau
opérationnel, de fonctions exclues de la fabrication par Taylor ou Ford les Méthodes, la
Maintenance, la Qualité.
Un système de production contemporain en quête de sens
Depuis maintenant une quinzaine d’années, les systèmes de production
occidentaux hybrident les concepts, les méthodes et les outils du Toyotisme avec ceux issus de
l’héritage taylorien-fordien. La conséquence d’une telle hybridation est ambiguë on
multiplie le nombre d’outils d’organisation et de gestion de production aussi efficaces que partiels, sans
trouver de nouveau concept du système de production qui soit à la fois global et
fédérateur. Comme en témoigne l’intitulé du présent Congrès
(De l'usine flexible aux équipes autonomes), l’une des directions choisies dans la recherche
tâtonnante d’un tel concept est sans aucun doute la flexibilité, même si aucun grand nom
d’industriel n’apparaît à ce jour, pour qualifier le futur système de production qui
émerge sous nos yeux.
Encadré + figure, source : Jean-Pierre Micaelli [UTBM]
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SEM = Système anglais de manufacture, SAM = Système américain de
manufacture, TAY = Taylorisme, FOR = Fordisme, TOY = Toyotisme
Taiichi OHNO reconnaît lui-même qu'il fallut près de quatre décennies pour que le TPS arrive à un stade abouti.
Dans les années 80, les industriels occidentaux ont pu étudier ce système et s'en approprier certaines idées sans y consacrer autant de temps.
L'industrie automobile logiquement s'intéressa la première au modèle Toyota. Graduellement, d'autres secteurs soumis aux effets de la globalisation se sont intéressés au TPS ou à certains de ses composants. Si l'on convient que le TPS est une bonne synthèse des différentes méthodes en vogue, il devient une référence incontournable.
Pour autant le modèle Toyota n'est pas transposable en l'état, ni même forcément la bonne réponse aux différents problèmes.
Evolution et avenir du TPS
Ohno : "Le système Toyota serait proche de sa fin, s'il n'était
envisagé que comme une technique de production. Cependant, puisqu'il continue de se transformer
qualitativement en vue de devenir un système de management, je pense qu'il a encore de belles
années devant lui."
"Le système de production Toyota n'est plus un système de production et,
dans la mesure où nous sommes engagés dans la recherche d'un système universel de
management, la dénomination est sans importance. Dès l'instant que l'on applique notre
système, ainsi que l'autonomation et le Juste à Temps, son nom lui-même devient
universel."
"Présent et avenir du Toyotisme", Taiichi OHNO et Setsuo MITO, Masson, Paris, 1992,122p

Bibliographie
- [BOS94] "le Lean management", Dirk BÖSENBERG & Heinz METZEN, éditions d'organisation, Paris, 1994,223p,ISBN : 2-7081-1405-0
- [OHN78] "Toyota Production System: Beyond Large-Scale Production", Taiichi Ohno,1978
- [OHN90] "L'esprit TOYOTA", Taiichi OHNO, Masson, Paris,1990,132p ISBN:2-225-81709-X
- [OHN92] "Présent et avenir du Toyotisme", Taiichi OHNO et Setsuo MITO, Masson, Paris, 1992,122p,ISBN: 2-225-84000-8
- [SHIN88] "Maitrise de la production et méthode kanban, le cas Toyota", Shigeo SHINGO, éditions d'organisation, Paris, 1988,243p,ISBN : 2-7081-0556-6
- [UTBM] "De l'usine flexible aux équipes autonomes", actes du Congrès 2000, Université de technologie de Belfort - Montbéliard (UTBM)
- [WOM92]"Le système qui va changer le monde", James P. Womack, Daniel T. Jones et Daniel Roos,Dunod, Paris, 1992, ISBN 2-10-001180-4
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L'auteur, Christian HOHMANN, est directeur associé
au sein d'un cabinet spécialisé en lean mannufacturing.
Après 12 ans de pratique opérationnelle des méthodes
japonaises auprès de YAMAHA, il mit son expérience au service de ses clients
en interventions de conseil et accompagnement sur des
problématiques de performance industrielle et logistique.
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